Que ce soit autour de “Frigomonde”, en France, ou du “Jardin de Personne”, en Suède, cette année, grâce à Postures, j’ai eu le bonheur d’éprouver à nouveau la richesse de la langue étrange ou étrangère au théâtre, et la force qui s’en élève, spécialement lorsque des enfants ou des adolescents la travaillent.
Ces jeunes qui vivent au quotidien dans un monde multilingue n’ont aucune appréhension envers une langue qui sonne différemment de leur langue maternelle, que ce soit une langue étrangère qu’ils apprennent en classe ou bien une langue inventée, et ce, dès qu’ils en comprennent le sens, puis qu’on les encourage à jouer librement avec ces sonorités nouvelles. Le fait de jouer dans une langue dont ils n’analysent pas chaque élément en libère même beaucoup, qui vont bien plus loin dans l’incarnation, la présence ou l’expression de leurs émotions. Et cette plongée ludique dans la langue des pièces de théâtre ouvre aussi leur langue quotidienne, l’enrichit et l’affine, tant rationnellement qu’intuitivement.
Quel plaisir, nous ont-il dit, les yeux brillant, après leurs lectures à voix haute, de prononcer ces mots qui sonnent différemment de leurs mots habituels, auxquels on prête donc plus d’attention, puis quel amusement de jouer avec, d’en inventer d’autres, bien sûr, pour soi, de créer de la langue. En retour, quel plaisir pour moi, l’autrice, d’entendre mon texte résonner avec leurs accents, leurs accentuations, leur prononciations personnelles, témoins subtils de la façon dont ils se sont appropriés mes mots et ma fiction.
Avec ses comités de lecture en milieu scolaire qui se développent maintenant à l’étranger, “Postures” est un pionnier de l’exploration des langues théâtrales, en toute intelligence, finesse et ouverture. L’étrange territoire presque encore vierge des langues étranges et étrangères au théâtre, qui me passionne et que les professionnels adultes commencent à peine à fouler, pourrait bien être joyeusement défriché avant eux par les enfants et les adolescents qui ont la chance de participer à de tels projets, si bien pensés. Et je mesure ma chance de pouvoir y participer.
Karin Serres, juillet 2011
